LE TRAVAIL DU JOURNALISTE TRAITANT DES VIOLENCES SEXUELLES COMMISES EN PÉRIODE DE CONFLIT

Du point de vue journalistique, il existe peu de défis, peut-être même aucun, qui comportent une plus grande responsabilité que celui d’interviewer des personnes ayant survécu à des violences sexuelles en période de conflit. Le viol utilisé dans le contexte de la guerre a un impact dévastateur sur les individus et sur leurs communautés.

Un travail de journalisme responsable permet d’attirer l’attention et de donner une vision des crimes pour lesquels les gens ont du mal à trouver les mots adéquats. Au contraire, un entretien mal dirigé peut ajouter à la détresse des victimes. Les présentes directives sont rédigées par des journalistes et des réalisateurs qui travaillent régulièrement sur les questions liées aux violences sexuelles dans le cadre de conflits (CRSV, de l’anglais Conflict-Related Sexual Violence). Elles sont le fruit d’une réflexion sur le fait qu’en tant qu’entreprise collective, le journalisme doit faire davantage pour définir et partager les meilleures méthodes d’interview. L’objectif est d’assurer une couverture plus précise et plus perspicace tout en réduisant le risque de préjudice supplémentaire pour ceux qui ont le courage de raconter leur histoire.

Ces lignes directrices
se présentent sous la forme de
huit principes essentiels :
Trois questions fondamentales à se poser avant de se lancer:
#1.
Trois questions fondamentales

SUIS-JE SUFFISAMMENT PRÉPARÉ(E) POUR CELA ?

Parler aux médias des violences sexuelles dans une zone de conflit suppose un risque élevé pour toute victime souhaitant s'exprimer. Ces lignes directrices vous donneront une meilleure idée de ce qui est en jeu.
#2.
Trois questions fondamentales

DEVONS-NOUS INTERVIEWER CETTE PERSONNE, À CE MOMENT ET À CET ENDROIT ?

L'évaluation de la sécurité de la source est de la responsabilité des journalistes à tous les nivea​ux, le journaliste sur le terrain, le rédacteur en salle de rédaction et les collègues qui suivent le même sujet.
#3.
Trois questions fondamentales

EST-CE QUE LA PERSONNE QUE J’INTERVIEWE COMPREND PLEINEMENT DANS QUOI ELLE S’ENGAGE ?

Il ne suffit pas que quelqu'un dise « oui » à l'utilisation de ses mots ou la prises de photos la concernant. Le consentement n'a de sens que s'il est pleinement informé.
Trois pratiques essentielles pour des entretiens plus sûrs:
#4.
Trois pratiques essentielles pour des entretiens plus sûrs

PERMETTRE AUX SURVIVANTS DE PARLER À LEUR MANIÈRE ET À LEUR PROPRE RYTHME

Les personnes ayant subi des violences sexuelles ont été traitées par leur agresseurs comme des objets, et non comme des individus ayant le moindre contrôle sur ce qui leur arrive. Pouvez-vous inverser cette dynamique et permettre aux interviewés d'avoir leur mot à dire sur la façon dont ils raconteront leur histoire ?
#5.
Trois pratiques essentielles pour des entretiens plus sûrs

COMPRENDRE L’IMPACT CONTINU DU TRAUMATISME SUR LA MÉMOIRE ET LES SENTIMENTS DE SÉCURITÉ

Certaines connaissances de base sur les réactions aux traumatismes peuvent vous aider à naviguer dans des situations d'interview difficiles et à éviter les erreurs journalistiques qui en découlent.
Trois pratiques essentielles pour des entretiens plus sûrs

COMPRENDRE EN QUOI VOTRE PROPRE BIEN-ÊTRE ÉMOTIONNEL FAIT ÉGALEMENT PARTIE DE L’ÉCHANGE.

#6.
L'exposition à la brutalité peut avoir un impact émotionnel sur les professionnels des médias. Prendre soin de soi est un devoir que vous avez envers vous-même et envers vos sources.
Raconter l'histoire:
#7.
Raconter l'histoire

RAPPELEZ-VOUS : LA VIOLENCE SEXUELLE N’EST JAMAIS QU’UNE SEULE DIMENSION DU RÉCIT

Le fait de se focaliser trop étroitement sur la brutalité des événements peut nuire à vos sources et au journalisme. Soyez attentif au contexte plus large.
#8.
Raconter l'histoire

LES IMAGES NE S’EFFACENT JAMAIS : SOYEZ PRUDENT AVEC VOS CHOIX VISUELS

Une fois que les images sont publiées, il n'y a aucun moyen de les « rembobiner ». L'accès universel à Internet peut exposer les personnes à de nombreux types de danger.